Une liste d’ingrédients cosmétiques ressemble souvent à un mur de noms latins imprononçables. Pourtant, cette liste obéit à une règle simple, fixée par la réglementation européenne : les ingrédients doivent apparaître par ordre décroissant de concentration. Le premier nom de la liste est, presque toujours, celui qui compose la plus grande part du produit — et c’est cette seule règle qui rend la liste lisible, même sans connaître chaque terme.
Cette nomenclature s’appelle l’INCI, pour International Nomenclature of Cosmetic Ingredients. Elle normalise le nom de chaque substance à l’échelle internationale, ce qui permet de comparer deux produits de marques différentes sans se fier au marketing de l’emballage. Un même actif porte toujours le même nom INCI, qu’il soit vendu comme ingrédient vedette sur l’étiquette ou noyé au milieu de la liste.
La règle de l’ordre décroissant s’applique strictement jusqu’à un certain seuil : au-delà, pour les concentrations inférieures à 1%, la réglementation autorise les fabricants à lister les ingrédients dans n’importe quel ordre. C’est une nuance importante, trop souvent ignorée : passé les premiers noms de la liste, l’ordre ne renseigne plus sur la quantité relative. C’est pourquoi les cinq premiers ingrédients suffisent en général à comprendre la nature réelle d’un produit — une crème dont l’eau, une huile et un émollient occupent le haut de la liste n’a pas grand-chose à voir avec une formule où un actif revendiqué en façade n’apparaît qu’en quinzième position.
Les allégations marketing jouent précisément sur cette méconnaissance. Un produit peut afficher « enrichi en argan » en gros sur son packaging tout en ne contenant cet ingrédient qu’à une concentration infime, largement après l’eau, les émulsifiants et les conservateurs de base. Ce n’est pas nécessairement trompeur au sens légal — la présence de l’ingrédient est réelle — mais la place qu’il occupe dans la liste INCI donne une information bien plus fiable sur son poids réel dans la formule que l’accroche commerciale.
L’ANSES, l’Agence nationale de sécurité sanitaire, rappelle régulièrement l’intérêt de cette lecture attentive de la liste INCI pour les consommateurs, en particulier sur les produits destinés aux peaux sensibles ou aux jeunes enfants, où la concentration réelle d’un actif potentiellement irritant pèse davantage que sa simple présence en fin de liste.
Certains noms qui reviennent souvent en tête de liste méritent d’être reconnus au premier coup d’œil, sans avoir à les rechercher chaque fois. Aqua désigne l’eau, presque toujours le premier ingrédient d’une crème ou d’un gel. Glycerin, très fréquent en deuxième ou troisième position, est un humectant courant qui retient l’eau dans la peau. Les noms commençant par Ceteareth ou se terminant par -eth signalent en général des agents qui permettent à l’eau et aux corps gras de se mélanger dans une même formule, un rôle purement technique plutôt qu’un actif revendiqué en façade. Reconnaître ces quelques familles de noms suffit à démêler, en un coup d’œil, la base technique d’une formule de son ou ses actifs réellement mis en avant.
La concentration d’un actif ne se limite pas à sa position dans la liste : elle dépend aussi de la nature du produit. Un sérum, plus concentré par définition qu’une crème hydratante classique, peut afficher un actif revendiqué en deuxième ou troisième position sans que cela surprenne, alors que le même positionnement sur une crème pour le corps signalerait une formule inhabituellement chargée. Comparer deux produits de format différent — une crème et un sérum, par exemple — uniquement sur la position d’un ingrédient dans la liste INCI conduit donc parfois à une conclusion trompeuse, si l’on ne tient pas compte de la texture et de l’usage visé du produit.
Repérer les seuils les plus utiles ne demande pas de tout mémoriser : l’eau (aqua) arrive presque toujours en tête pour les produits fluides, suivie des corps gras ou des émollients pour une crème, puis des agents qui donnent la texture, avant les conservateurs et les parfums, en général plus bas dans la liste. Repérer où se situe l’ingrédient qui a motivé l’achat — dans le premier tiers de la liste ou tout à la fin — reste le réflexe le plus rapide pour juger un produit sans lire l’intégralité du nom de chaque molécule. Le même principe de lecture ordonnée, avant l’achat plutôt qu’après une déception, vaut aussi pour les étiquettes de composition textile détaillées dans notre rubrique matières et entretien.







